Voilà un résultat fort intéressant :
Soient et
deux entiers naturels non nuls inférieurs à
. En notant
la probabilité que
et
soient premiers entre eux, on a
C’est-à-dire que la « probabilité » que deux entiers soient premiers entre eux est de . Mais il faut faire attention avec ce mot, comme nous le verrons plus bas !
On rappelle que
La fonction zêta de Riemann
Une fonction très connue en théorie des nombres est la fonction zêta de Riemann, notée . Sur les entiers supérieurs ou égaux à 2, elle est définie par :
Ce qui est remarquable, c’est qu’elle est fortement reliée aux nombres premiers à travers la formule suivante :
où l’on fait le produit sur tous les nombres premiers.
Un autre fait remarquable, c’est que la valeur de est connue :
Pour des démonstrations de ces résultats, on pourra se reporter aux articles produit eulérien et problème de Bâle sur Wikipédia.
Pourquoi ce « n! » ?
On peut se demander pourquoi on demande que les deux entiers et
soient bornés par
Tout simplement parce qu’il n’existe pas de mesure de probabilité uniforme sur l’ensemble
des entiers naturels, ce qui empêche de parler de probabilité sur les entiers directement. Une loi uniforme est la seule qui modélise correctement le fait de prendre des objets au hasard, car elle associe la même probabilité à chaque élément.
Plus formellement, si on disposait d’une mesure de probabilités uniforme sur
, alors on aurait d’une part
, mais aussi
pour tout
. Or c’est impossible, car on a
Si , on aurait
et si
on aurait
, absurde.
Il est donc incorrect de parler de probabilité que deux entiers soient premiers entre eux. Le résultat énoncé plus haut n’en reste pas moins intéressant.
Démonstration
Soit un nombre premier inférieur à
. Notons
l’évènement
n’est pas un diviseur commun de
et
.
La probabilité pour que soit divisible par
est de
. En effet, le nombre
de multiples de
dans
vérifie
c’est-à-dire
Or est divisible par
, donc
est un entier. Le nombre
étant lui-même un entier, on a nécessairement
.
La proportion (et donc la probabilité que soit divisible par
) d’entiers divisibles dans
est donc de
On refait le même raisonnement pour . Par indépendance sur les choix de
et
, la probabilité que
et
soient tous les deux divisibles par
est de
. La probabilité de l’événement
est donc de
.
L’événement : «
et
sont premiers entre eux » est se produit quand ils n’ont pas de facteurs commun, c’est-à-dire quand les événements
sont tous réalisés en même temps. On a donc
et par indépendance
d’où en passant à la limite sur :
ce qui achève la démonstration.
Pour aller plus loin
On peut raffiner le théorème en travaillant avec plutôt qu’avec
mais la démonstration est plus difficile.