Le théorème de Wilson est un résultat très connu d’artihmétique élémentaire, qui donne une caractérisation anecdotique des nombres premiers.
Dans cet article, je rappellerai les démonstrations connues et vous présenterai une démonstration un peu plus étonnante (et très anecdotique) basée sur le théorème de Sylow en théorie des groupes.
Historique
Le théorème de Wilson a été découvert par Ibn al-Haytham (aussi connu comme Alhazen) vers les années 1000, mais est attribué à John Wilson (un étudiant de Edward Waring) qui l’a conjecturé au dix-huitième sicècle. C’est Waring qui publia la conjecture 1770, mais sans démonstration. La première preuve est dûe à Lagrange, et a été publiée en 1773. Il semblerait que Leibniz connaissait le résultat un siècle plus tôt, mais ne l’a jamais publié.
Théorème de Wilson
Un entier naturel
est premier si et seulement si
Cette caractérisation des nombres premiers est un peu anecdotique et ne constitue pas un test de primalité utile (calculer la factorielle de n’est pas envisageable). Son principal intérêt réside dans son histoire et la simplicité de son énoncé et de ses preuves (exceptée bien entendu celle dont je vais parler en dernier et qui justifie l’existence de cet article).
Démonstration du sens réciproque
Commençons par démontrer que si , alors
est premier. Supposons que cette équation est vraie, cela signifie qu’il existe
tel que
Ainsi, on a une relation de Bezout entre et
, donc
est premier.
Démonstration du sens direct
par Lagrange
Notons . C’est un corps et le groupe
de ses inversibles est d’ordre
. Ainsi, le petit théorème de Fermat implique que ses
éléments sont racines du polynôme
de degré
. Comme
est un corps, et que les éléments
sont racines de ce polynôme, on a
.
En évaluant cette expression en , on trouve le résultat voulu.
par Gauss
Si , le résultat est clair. On suppose donc
impair.
Le principe de cette jolie démonstration est de grouper deux par deux les éléments de . Pour tout
,
, il existe
,
(sinon
, i.e.,
ce qu’on a justement exclu) tel que
. Ainsi, lorsqu’on élimine, dans le produit
, les paires d’inverses mutuels dont le produit vaut
, il ne reste que
,
ce qui prouve le résultat.
… par le théorème de Sylow
Commençons par dénombrer le nombre de
-Sylow du groupe symétrique 
Dans , il y a
éléments d’ordre
. En effet, un élément d’ordre
est un
-cycle car
est premier, et un
-cycle peut s’écrire avec n’importe quel élément en premier, et c’est l’ordre des
éléments restants qui importe.
Maintenant, un -Sylow est de cardinal
maximal avec
qui divise le cardinal de
. Ainsi,
et les
-Sylow sont d’ordre
, et contiennent l’identité et
-cycles. Réciproquement, chaque
-cycle est contenu dans un
-Sylow. Il y a donc
-Sylow.
Avec le théorème de Sylow…
on sait que le nombre de -Sylow est congru à
modulo
. Ainsi
,
et en multipliant par , on a
.
Petit mot de la fin
J’aime bien cette dernière démonstration pour deux raisons. La première, c’est qu’elle relie les sous-groupes de Sylow avec un théorème d’arithmétique élémentaire, ce qui prouve (si besoin est encore) qu’en mathématiques il n’y a jamais qu’un seul moyen de prouver les choses. La seconde est que les étudiants, face au dénombrement des -Sylow de
, utilisent immédiatement le théorème de Sylow et restent bloqué avec
,
où est le nombre de
-Sylow. Là, il faut remettre les mains dans le cambouis pour s’en sortir. De plus, ce n’est pas un exercice difficile.
L’historique et les premières démonstrations sont tirées de la page sur le théorème de Wilson de la wikipédia.