Mesure et pavés

Le problème

Plaçons nous dans l’espace \mathbb{R}^n, n\geq 2. On appelle un pavé un ensemble de la forme
P=I_1\times I_2\times \cdots\times I_n
où les I_j, j\in\left\{1, \ldots, n\right\} c’est-à-dire le produit cartésien d’intervalles bornés de \mathbb{R} (fermés, ouverts, demi-fermés : ça n’a pas d’importance !). On définie alors la mesure d’un pavé comme le produit des longueurs des intervalles :
mes(P)=\ell(I_1) \times \ell(I_2) \times \cdots \times \ell(I_n)
On rappelle que \ell(I_j) = sup(I_j)-inf(I_j).

Considérons alors N pavés de \mathbb{R}^n : P_1, P_2, \ldots, P_N, et un pavé P\subset \bigcup_{i=1}^N P_i. Si dans les dimensions 2 ou 3, il semble trivial que la mesure de P est inférieure à la somme des mesures des P_i, c’est-à-dire respectivement que l’aire d’un rectangle inclus dans une union d’autres rectangles est inférieure à la somme des aires de ces rectangles, et que le volume d’un parallélépipède rectangle inclus dans une union d’autres parallélépipèdes rectangles est inférieure à la somme des volumes de ces parallélépipèdes rectangles, est-ce vraiment si trivial dans \mathbb{R}^n ? Ca le semble, bien entendu, mais à ce jour je n’ai pas trouvé de démonstration simple de ce résultat.

P\subset \bigcup_{i=1}^N P_i \Longrightarrow mes(P)\leq\sum_{i=1}^N mes(P_i)

Une démonstration

On peut déjà supposer sans perte de généralité (WLOG) que les pavés sont tous fermés.

Idée de la démonstration :

Idée de démonstration

Idée de démonstration



On va raisonner par récurrence sur N le nombre de pavés.

Le cas N=1 est clair : si P=I_1\times I_2\times \cdots \times I_n et Q=J_1\times J_2 \times \cdots \times J_n, alors on a

P\subset Q \Longleftrightarrow \forall i \in \left\{1, \ldots, d\right\}, I_i \subset J_i

et dans ce cas,

mes(P) = \ell (I_1)\times \ell(I_2) \times \cdots \times \ell(I_n) \leq\ell (J_1)\times \ell(J_2) \times \cdots \times \ell(J_n) = mes(Q)

Considérons alors le cas général. Notons P=I_1\times I_2 \times \cdots \times I_n et P_i = I_{i,1}\times I_{i,2}\times \cdots \times I_{i,n}. Pour chaque j\in \left\{1,\ldots, n\right\}, on subdivise l’intervalle I_j de la façon suivante :

I_j=\left[a^j_1,a^j_2\right]\cup \left[a^j_2,a^j_3\right]\cup \cdots \cup \left[a^j_{m_j},a^j_{m_j+1}\right]

\left\{a^j_k\right\}_{k\in\left\{1, \ldots, m_j\right\}} est l’ensemble des extrémités des intervalles I_j\cap I_{i,j} pour i parcourant 1,2,\ldots, N.

Notons alors

E=\left\{k=(k_1, \ldots, k_n) \in \mathbb{N}^n \mid 1\leq k_1\leq n_1, \ldots, 1\leq k_n\leq m_n\right\}

Pour k\in E, on note Q_k = \left[a^1_{k_1}, a^1_{k_1+1}\right] \times \left[a^1_{k_2}, a^1_{k_2+1}\right] \times \cdots \times \left[a^1_{k_n}, a^1_{k_n+1}\right]. Avec ces notations, on a que P=\bigcup_{k\in E}Q_k, et que

(E): \qquad mes(P) = \prod_{j=1}^n \ell(I_j) = \prod_{j=1}^n \sum_{k_j=1}^{m_j} \ell \left(\left[a_{k_j}^j, a_{k_j+1}^j\right]\right) = \sum_{k\in E} mes(Q_k)

Or,

\sum_{k\in E} mes(Q_k) \leq \sum_{i=1}^N\left(\sum_{k \mid Q_k\subset P_i}mes(Q_k)\right)

et en appliquant (E) à P_i\cap P, on obtient

\sum_{k\in E} mes(Q_k) \leq \sum_{i=1}^N mes(P_i\cap P) \leq \sum_{i=1}^N mes(P_i)

Et c’est, enfin, ce que l’on désirait.

Auriez-vous une idée pour simplifier cette démonstration ? Peut-on réellement considérer le résultat comme trivial sinon ? Je suis preneur de toute réflexion à ce sujet !

3 thoughts on “Mesure et pavés

  1. Bonjour,
    Je ne vois pas pourquoi on pourrait considérer ce résultat comme trivial (à moins d’être physicien ;) . On peut le voir comme un petit morceau d’un théorème de prolongement de mesure (du genre Carathéodory’s theorem).

  2. Oui, ce théorème est très beau, mais bien long à démontrer… Enfin, je vais rester sur cette démonstration là pour le moment :)

    Merci.

  3. Voici une idee de demonstration qui me semble intuitive :
    Soit R_k le reseau (1/k)Z^n. On montre d’abord que pour tout pave P de R^n on a \#(R_k \cap P) \approx (mes(P)) k^n.

    (il est en effet facile d’encadrer \#(R_k \cap P)).

    Comme \#(R_k \cap P) est inferieur a la somme des \#(R_k \cap P_i), en divisant par k^n et en prenant la limite lorsque k tend vers l’infini on en deduit le resultat.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

* Copy this password:

* Type or paste password here:

824 Spam Comments Blocked so far by Spam Free Wordpress

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>